Dysorthographie : tout savoir sur ce trouble de l’orthographe

dysorthographie

Ne pas maitriser correctement, voire pas du tout l’orthographe et les règles que l’on nous a apprises dès notre plus tendre enfance est un problème majeur dans notre société : à l’école, au travail… Pourtant, les troubles de l’orthographe existent bel et bien. Ils perdurent dans le temps et constituent un véritable handicap pour ceux que l’on appelle les dysorthographiques. Trouble des apprentissages généralement lié à la dyslexie, la dysorthographie n’est pas la conséquence d’un manque d’effort et de détermination de ceux qui la subisse !

Dysorthographie : définition

La dysorthographie entre dans la famille des troubles des apprentissages. Plus précisément, la dysorthographie est un trouble spécifique de l’orthographe très souvent associée à la dyslexie.

Pour un dysorthographique, l’orthographe des mots est extrêmement difficile à maitriser. Ce trouble souligne donc un dysfonctionnement du cerveau qui provoque un déficit de l’expression écrite.

À la manière des autres troubles dys, il persiste dans le temps.

La dysorthographie peut être plus ou moins sévère en fonction des individus, mais dans la majorité des cas, elle a un impact sur les études et la vie professionnelle. Il s’agit d’un trouble des apprentissages handicapant qui n’est pas dû à un retard intellectuel ou à une paresse.

Symptômes de la dysorthographie

Symptômes de la dysorthographie

Les premiers signes avant-coureurs de la dysorthographie ainsi que de la dyslexie apparaissent en général au début de l’apprentissage de l’écriture et de la lecture.

Parmi ces signes, on peut relever :

  • Un grand nombre de fautes d’orthographe
  • Une lenteur d’exécution
  • Le dégout pour la grammaire et la conjugaison et l’oubli des règles apprises
  • Une lenteur à l’écriture
  • Une écriture phonologique (les bons sons mais avec la mauvais orthographe). Exemple : Un bato sur l’o ==> un bateau sur l’eau.
  • Les mots coupés au mauvais endroit ou soudés à d’autres sans raison
  • L’ajout de lettres sans raison
  • L’inversion et l’oubli de lettres

Si vous avez un doute, il ne faut pas hésiter à en parler à votre médecin traitant qui pourra prescrire un diagnostic avec un orthophoniste.

À quel point la dysorthographie est-elle un handicap ?

Pour être diagnostiqué dysorthographique, il faut avoir un retard significatif par rapport aux enfants de son âge. Il faut que les difficultés soient persistantes pour constituer un trouble de dysorthographies. Il en est de même pour la dyslexie.

L’une des rares études, menée sur la dysorthographie par les chercheurs G.  Weck et M. Fayol, met en évidence les résultats suivants.

Les enfants dysorthographiques ont un niveau de développement cognitif et lexical dans la norme des enfants de leur âge avec un vocabulaire normalement développé.

En revanche, le niveau en orthographe des jeunes dysorthographiques cumule environ un retard de 2 ans par rapport aux enfants de leur âge.

Dans la même étude, il a été mis en évidence que lors d’une production écrite autonome, les dysorthographiques commettent environ trois fois plus d’erreurs d’orthographe que des non dys du même niveau scolaire (CM1).

Quels types d’erreurs commettent les dysorthographiques ?

Les seules erreurs où les dysorthographiques ont plus de 2 ans de retard sur la moyenne de leur classe d’âge sont les erreurs phonétiques (confusion entre phonèmes donc deux sons qui se prononcent pareil, mais qui ne s’écrivent pas de la même manière). En ce qui concerne les autres types d’erreurs d’orthographe, comme les erreurs lexicales ou grammaticales, deux ans de retard sont en moyenne observées.

Chez les enfants dysorthographiques, la correspondance phonème-graphème n’est pas encore stabilisée, ce qui les pousse à commettre beaucoup de fautes phonétiques. Une autre spécificité de la dysorthographie et que deux occurrences du même mot dans un texte peuvent être orthographiées différemment.

Dysorthographie et dyslexie, lien et différences

Il est fréquent que les dyslexiques soient aussi dysorthographiques et inversement. Dès l’entrée dans la lecture, l’enfant renforce son lexique orthographique. « L’acquisition de connaissances lexicales orthographiques est le processus complexe de mémorisation à long terme de la forme entière des mots écrits » selon Bosse (2005). Cela lui permet de mémoriser les traces orthographiques des différents mots, ce qui est obligatoire pour lire et pour écrire.

Pour l’enfant dyslexique qui a du mal à reconnaitre et traiter les mots qu’il lit, il est compliqué de les emmagasiner dans son lexique orthographique.

Cela provoque aussi des difficultés d’écriture, qui s’ajoutent aux difficultés de lecture déjà présentes.

De cette manière, une dyslexie va influencer la capacité de l’enfant à apprendre l’orthographe et accroitre la dysorthographie.

Lorsque l’on se penche sur le nombre de dyslexiques diagnostiqués, on se rend compte que tous les dyslexiques ne sont pas forcément diagnostiqués comme étant dysorthographiques. En réalité, pour les enfants testés durant les premières années d’apprentissage, la dysorthographie ne peut pas être diagnostiquée puisque l’orthographe n’existe pas encore ou en est à sa phase d’apprentissage (HAL Id: hal-01570674).

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    Diagnostiquer la dysorthographie

    Le diagnostic passe par un orthophoniste qui fait passer une batterie de tests orthonormée pour comparer le niveau de l’élève à la moyenne de son âge. Si l’écart et significatif et que toutes les autres pistes ont été écartées (déficience intellectuelle, auditive, visuelle…), alors on peut parler de trouble spécifique des apprentissages. Lors du bilan orthophonique, la gravité du trouble sera évaluée. La dysorthographie ne peut être officiellement diagnostiquée que seulement après l’apprentissage de l’orthographe en classe. Ceci explique en partie que seule la dyslexie est diagnostiquée, mais pas la dysorthographie qui, dans la majorité des cas, arrive après.

    Le premier bilan orthophonique est remboursé par l’assurance maladie.

    L’examen du langage écrit porte sur des dictées de mots inventés (logatomes), de syllabes, de mots (réguliers et irréguliers), de phrases et de textes à la longueur variable. Cela permet de tester l’orthographe d’usage et la capacité d’application des règles grammaticales.

    De fait, cet examen a pour fonction de tester la qualité et l’accès au stock lexical du patient, sa vitesse d’exécution, l’impact sur la vitesse de transcription et les blocages éventuels.
    À l’issue de ces tests, l’orthophoniste rédige un compte-rendu écrit, qui est remis à la famille et au médecin prescripteur. Ce document permet de dresser un bilan des difficultés du patient en confirmant ou pas l’existence d’un trouble du langage écrit.

    Cause et hérédité

    La dysorthographie, tout comme la dyslexie, a des origines neurologiques et en partie héréditaires. Ce trouble ferait partie des troubles cognitifs spécifiques développementaux.

    Dysorthographie traitement et rééducation :

    La dysorthographie ne se guérit jamais totalement. Dysorthographie et dyslexie, c’est pour la vie !

    L’objectif est de compenser la dysorthographie au maximum bien qu’elle ne puisse disparaître.

    Dans un premier temps, le dysorthographique peut être outillé. Cela peut lui permettre de limiter les fautes d’orthographe donc ses difficultés à l’écrit.

    La dyslexie et la dysorthographie peuvent aussi faire l’objet d’une rééducation de la part de l’orthophoniste.

    L’orthophoniste va dans un premier temps établir un bilan orthophonique qui lui permettra par la suite de planifier la rééducation. Les fréquences et les contenus des séances seront ajustés en fonction de la sévérité du trouble (chaque dysorthographique est différent).

    On peut espérer de la rééducation que le dysorthographique prenne conscience petit à petit des règles d’orthographe de base, puis plus avancées même s’il restera difficile pour lui de les automatiser. Des moyens mnémotechniques et des stratégies spécifiques d’apprentissage pourront être mises en place par l’orthophoniste.

    Les résultats obtenus par cette rééducation peuvent être plus ou moins longs, il s’agit dans la plupart des cas de plusieurs années avec des séances régulières (deux fois par semaine, mais cela peut varier). Ces résultats dépendent de plusieurs facteurs parmi lesquels l’on peut compter : la motivation de l’enfant, l’implication des parents, la sévérité du trouble…

    La rééducation doit être entreprise le plus précocement possible, idéalement juste après le diagnostic.

    La dictée et ces aménagements

    Les dictées courtes qui ne stigmatisent pas l’enfant et où l’on peut revenir sur les fautes les plus importantes, peuvent être intéressantes pour la rééducation.

    Il faut prêter une attention particulière aux dictées traditionnellement pratiquées à l’école, qui finissent souvent par une note décourageante pour l’élève dysorthographique. Bien souvent, elles confrontent inutilement l’élève à l’échec sans en relever le moindre bienfait pour celui-ci. Si les dictées sont envisagées, cela peut par exemple être lors de la rééducation avec l’orthophoniste ou dans un cadre aménagé où l’enfant ne craint pas l’échec devant ses camarades.

    L’aménagement le plus souvent dispensé aux dysorthographiques est la dictée à choix multiples ou à trous. La dictée à choix multiples est plus simple que celle à trous puisque des choix sont déjà proposés, et c’est à l’élève de choisir l’orthographe correcte. Ainsi, elle permet d’évaluer l’orthographe de l’élève que sur certains mots, ce qui évite des notes systématiquement décourageantes. Ce type de dictée permet à l’élève de se concentrer uniquement sur les règles d’orthographe et de diminuer la charge cognitive due à la rédaction.

    Quand l’orthographe constitue une situation de handicap, il vaut mieux aménager les exercices qui le placent au centre des attentes.

    Que peut-on mettre en place ?

    Il faut inciter la personne dys à se relire en prenant en compte sa fatigabilité. Si la relecture arrive après 1 ou 2 h de production intense, elle risque bien d’être inefficace. Il faut donc ménager le dysorthographique pour qu’il prenne des pauses et reste concentré. Malgré cela, le repérage de fautes ne sera pas automatique pour lui. Il faut également privilégier l’écriture de phrases courtes où les sujets et les genres des accords seront faciles à identifier.
    Des grilles d’autocorrection peuvent être proposées avec plusieurs règles générales à appliquer. Par exemple : « Infinitif (er) et participe-passé (é) ». Gardez à l’esprit que même quand une règle est apprise, elle reste difficile à appliquer et à mettre en place. Les règles, une fois apprises par le dysorthographique, ne sont pas automatiques. Il lui faut en permanence se poser la question de l’orthographe qu’il utilise avec des moyens mnémotechniques pour qu’il puisse déceler une faute.
    Il peut être intéressant de construire une routine d’autocorrection sur la base de fondamentaux. Cette procédure mentale prend du temps à installer, mais permet de systématiser les questions de relecture les plus importantes. Cela permet de contourner en partie la non-automatisation de la reconnaissance des erreurs.

    À l’école, des aménagements peuvent être mis en place dans le cadre d’un plan d’accompagnement. Le PAP et le PPS peuvent permettre notamment d’obtenir du temps supplémentaire (1/3 temps), l’utilisation d’outils informatiques ou bien une aide humaine.

    L’impact sur la vie du dysorthographique

    Si les troubles dys, dont la dysorthographie, font partie du spectre du handicap invisible, cela est moins le cas au milieu d’une salle de classe ! En effet, le dysorthographique doit épeler des mots à voix haute, apprendre la grammaire et l’orthographe, s’entrainer à corriger les fautes. Le cauchemar du dysorthographique ! Non seulement, il a du mal à intégrer les règles d’orthographe qu’on lui apprend, mais en plus, il est incapable d’automatiser le repérage des fautes dans un texte.

    Les dys sont souvent l’objet de stigmatisations et de moqueries vis-à-vis de leur handicap. Comme notre système scolaire fait la part belle à l’écrit par rapport à l’oral, cela renforce le fait qu’un élève qui ne maitrise pas l’orthographe peut être perçu comme peu intelligent, feignant, peu motivé…

    De plus, la situation d’échec scolaire peut générer des troubles psychologiques secondaires. L’anxiété, des troubles de l’humeur, le déficit de l’attention, l’hyperactivité sont souvent rencontrés chez les enfants mauvais lecteurs.

    En effet, il a été mis en évidence que les troubles comportementaux sont repérés de manière plus fréquente chez les enfants dys que chez les enfants qui n’ont pas de trouble des apprentissages. On peut y ajouter les difficultés relationnelles, le stress, les problèmes familiaux, et le manque de confiance en soi qui sont également fréquemment rencontrés dans cette population.

    D’après le Bilan des données scientifiques Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie les éditions INSERM, 2007, « un centre de référence sur les troubles du langage français trouvait, lors de l’examen médical, psychologique et orthophonique, des difficultés psychoaffectives chez 28 % des 173 enfants porteurs d’un trouble des apprentissages».

    Chez un dysorthographique, les aspects cognitifs mais aussi émotionnels et comportementaux, peuvent avoir une incidence sur la rééducation et la prise en charge du trouble. Il faut donc prêter une attention particulière à la manière dont les dys vivent leurs troubles auprès des autres et d’eux même.

    Dyslexie adulte

    Dysorthographie chez l’adulte

    En tant qu’adulte, vous pouvez vous faire diagnostiquer une dysorthographie ainsi qu’une dyslexie. Il faut se rendre chez l’orthophoniste qui va réaliser un bilan orthophonique. C’est la première étape vers une prise en charge et une rééducation adaptée pour les adultes.

    Dans les milieux professionnels, les dysorthographiques adultes communiquent par emails. Les remarques sur l’orthographe peuvent être fréquentes. Ce qui est pris par beaucoup comme un manque d’efforts ou de sérieux, est en fait un trouble auquel il n’est pas simple de remédier.

    C’est pourquoi, dans le milieu professionnel, il est possible de faire une demande de RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé) qui pourra conduire à un aménagement de poste.

    Il n’y a pas d’âge pour se faire diagnostiquer et entamer une rééducation orthophonique, même si les exercices devront être adaptés l’adulte.

    Sources :

    https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/03.expert_coll.pdf

    Weck, G. et Fayol, M. (2009). L’orthographe en production de textes chez les enfants avec et sans dysorthographie. Langage et pratiques, 43, 46-58.

    HAL Id: hal-01570674 : https://hal-lara.archives-ouvertes.fr/hal-01570674/document

    De WECK, G. (2000). Les productions textuelles d’enfants dysorthographiques et non dysorthographiques sont-elles comparables ? TRANEL, 33, 159-170.

    MEIGE, A., MILEVAZ, F. (2006). «Estime de soi et troubles dysorthographiques: une co-thérapie de groupe pour des pré-adolescents en difficulté d’apprentissage», Langage & pratiques, 37, 81-91.

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